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| Photo 1 - Des classes de Terminale S visitent régulièrement le site des Chiapetti. |
Il s’agit d’un bloc
de dimension métrique en bord de route et sur rive de la Doire. Ce n’est donc
pas un affleurement. Sur cet arrêt les objets suivants ne le seront pas non
plus.
Néanmoins, sur ce
rocher les angles sont vifs et les arêtes coupantes : le transport n’a pas été
long, et il ne s’est pas effectué dans l’eau de la rivière. Par la morphologie
et par l’affinité lithologique il a été établi que ces blocs se sont éboulés à
partir de la paroi rocheuse ci-dessus.
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| Photo 2 -
Le premier
rocher constitué majoritairement de mica blanc. |
Le mica est un
minéral riche en silice. Il contient toujours du potassium et de l’aluminium, ce
qui en fait un minéral typique de la croûte continentale. Nous ne l’avons pas
rencontré dans la nappe voisine qui provient de la plaque océanique profonde.
Dans ce contexte-ci il ne peut être ni sédimentaire (structure) ni magmatique
(orientation), donc il est métamorphique. Le protolithe doit être cherché parmi
les roches continentales : sédiments argileux, certains granites, schistes. En
revanche, à l’œil nu rien ne nous renseigne sur l’intensité du métamorphisme,
qui est de faible pression en général pour les micas mais peut monter à haute
pression dans le cas des phengites, micas blancs ferrifères.
De petits filons de
quartz, millimétriques à décimétriques, tordus et déformés, sillonnent le
rocher. Ils contribuent à rendre siliceuse la masse rocheuse.
En se penchant un peu du côté de la rivière, d’autres
minéraux apparaissent. Une grosse lentille sombre en haut, un rognon bleu foncé
en bas à droite (fig. 3). Sur la
surface fraîche de ce dernier, le minéral bleu foncé apparaît en fines aiguilles
strictement adossées ou enchevêtrées, concentré en bandes centimétriques
séparées par des niveaux de mica, de quartz ou d’un autre minéral vert. Une fois
détecté, le minéral bleu se reconnait aussi en petits agrégats aciculaires
parsemés parmi les feuillets de mica. Avec une loupe et un peu de chance, la
section en losange et les clivages à 120° peuvent être reconnus : il s’agit bien
d’une amphibole, donc d’un minéral ferromagnésien et hydroxylé (présence d’eau
dans son environnement originaire). La couleur nous aide à préciser son
identité : nous sommes en présence d’amphibole bleue ou glaucophane.
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| Photo 3 -
Sur le premier
rocher, nodules et bandes d’amphibole bleue. |
Le glaucophane se
forme à des pressions (donc à des profondeurs) assez ou très élevées mais
surtout à des températures très modérées : il craint la chaleur. Le glaucophane
nous fixe sur l’environnement thermodynamique de formation de la roche, et donc
sur le scénario de cette étape de la formation des Alpes.
La liste des
minéraux de ce rocher comprend aussi des cristaux verts mieux observables sur
les objets suivants, des grenats, des épidotes et des carbonates dont la
signification sera discutée plus loin.
Sur ce premier
objet nous pouvons conclure que la masse rocheuse le comprenant appartenait à
une plaque continentale, et qu’elle se situait ou avait été à proximité de
sources mantelliques (elle était relativement riche en matériel ferromagnésien).
Ensuite la masse rocheuse a été entraînée à une certaine profondeur dans un
système à très faible gradient géothermique.
comme pour
l’objet n° 1. Un peu plus au N, descendre le talus au bord de la rivière, petite
plage.
Toute la surface orientée au Sud expose surtout les
glaucophanes et les grenats déjà vus
(fig. 4), accompagnés d’un minéral vert qui ne montre pas volontiers son
habit cristallin. Il montre quand-même souvent des bandes à cassure orthogonale,
faisant penser aux pyroxènes. Il s’agit en fait d’un pyroxène sodique qui
remplace les plagioclases à grande profondeur. En effet, ces pyroxènes sont
stables à très haute pression et en général se déséquilibrent à des profondeurs
inférieures à 40 km. La formule de ce pyroxène est fondamentalement celle simple
de la jadéite, mais elle peut s’enrichir en ferromagnésiens donnant lieu à l’omphacite.
Avec le grenat, l’omphacite constitue par définition l’éclogite basique ; avec
le quartz, la jadéite constitue par définition l’éclogite acide. Nous
discuterons sur ces objets éclogitiques basiques et acides dans les prochains
arrêts.
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| Photo 4 -
Amphibole
bleue, pyroxène sodique (vert) et grenat : l’éclogite basique sur la face
sud du deuxième rocher, au bord de la rivière. |
Çà et là, des figures de déformation apparaissent sous
forme de « boudins » et nodules (fig. 5)
: ces figures sont soulignées par des fines lentilles claires d’épidote beige ou
jaunâtre, minéral lié à la présence d’eau, qui facilite le rééquilibrage pendant
la décompression lors de la remontée de la roche.
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| Photo 5 -
Deuxième
rocher : pli dans une fine lentille de quartz et épidote. |
Du côté de la rivière (fig. 6), le rocher montre en section la série de bandes stratiformes tordues avec beaucoup de mica blanc que maintenant nous pouvons appeler phengite du fait de la pression subie (les analyses le confirment aussi).
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| Foto 6 -
Deuxième
rocher : boudins d’amphibole bleue et de pyroxène vert dans la masse de mica
blanc et de grenat. Le quartz souligne les figures de déformation. |
Des inclusions arrondies de pyroxène, en relief et aux
contours très nets, sont aisément identifiables
(fig. 7).
| Photo 7 -
Cailloux de
pyroxène vert englobés dans la masse plus fluide. |
Le glaucophane est
présent en bandelettes et il est aussi dispersé dans les lentilles micacées.
La conclusion
maintenant est plus précise : une nappe continentale a bien rejoint les
profondeurs de la subduction (présence d’omphacite) avant de remonter en
surface.
Les rives de la
Doire sont riches en échantillons intéressants, provenant de tout le bassin
versant à partir du Mont-Blanc. En revanche, les échantillons concernant la
subduction continentale ne proviennent que des parois qui nous dominent, et ils
sont assez rares.
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| Photo 8 -
La tonnelle « géologique » d’Ivozio
est régulièrement visitée par les classes de Prépa et les enseignants en
formation. |
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| Photo 9 -
Pyroxène vert,
amphibole bleue et grenat, en cristaux centimétriques, affleurent sous les
grappes de raisin. |
L’ensemble de ces
minéraux nous évoque un protolithe basaltique à la base de la croûte
continentale. Nous avons ainsi atteint les niveaux profonds de la plaque
continentale passée en subduction.
L’ensemble des éclogites continentales de la région a été
daté sur les micas et les zircons à la limite Crétacé-Tertiaire (65 ± 5 Ma) (Rubatto
et al., 1999), âge du pic métamorphique et donc de la subduction.
L’exhumation a été datée entre 33 et 30 Ma (traces de fission, inclusions
fluides, rhéologie du quartz) (Malusà
et al., 2006)
avec une vitesse moyenne de remontée de 0,2 cm/an qui a permis de garder
intactes les paragenèses éclogitiques.
Chemin aménagé sur
le bord W de la route régionale pour Gressoney juste avant de traverser le
torrent de Bouroz à la limite avec Fontainemore. Descendre sur la rive gauche du
Lys et marcher 50 m vers l’aval.
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| Photo 10 -
Les rochers dans le lit du
torrent Lys entre Lillianes et Fontainemore gardent souvent la structure
magmatique de la roche bien que les minéraux soient transformés. |
La texture de la roche pointillée de blanc attire notre attention : il s’agit incontestablement d’un ancien ensemble granitique (fig. 11), modérément déformé en litages (gneiss). La structure granulaire, régulière, est reconnaissable par les grains blancs de quartz, alors que les autres cristaux sombrent dans une alternance de rose (grenat) et de verdâtre (jadéite).
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| Foto 11 -
Voilà un ancien
« crapaud » dans un granite, transformé en pyroxène sodique. |
Des bandes blanches (méta-aplites) se peuplent de beaux
grenats centimétriques (fig. 12),
alors que de très nombreuses inclusions basiques plus sombres (anciennes
biotites/amphiboles) tachent ou sillonnent les blocs.
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| Photo 12 - De beaux grenats se développent dans le filon blanc (aplite) d’un ancien granite. |
La réaction
principale intervenue sur les anciens granites pour donner ces éclogites acides
est : plagioclase sodique donne jadéite plus quartz. L’eau est absente de la
réaction, indice ultérieur d’une subduction continentale.
Des pyroxénites
sont repérables dans le lit du torrent.
Après le chef-lieu
de Fontainemore la route régionale traverse le Lys. À 1 km du chef-lieu une
petite route a droite retraverse le torrent (panneaux Pillaz et autres
villages). S’arrêter quelques centaines de mètres plus loin.
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| Photo 13 -
Le front de taille de
l’ancienne carrière de marbre de Colombit est au bord de la route de la
« colline » de Fontainemore. |
En bord de route,
front de taille d’une ancienne carrière de marbre.
Le marbre ancien est blanc à grain fin. Du mica brille dans
tous les blocs cassés au sol. Le front de taille montre des taches vertes très
plissées et boudinées, qu’on peut mouiller pour mieux faire ressortir les
couleurs (fig. 14). Les cristaux
visibles sont des bâtonnets d’amphibole : il s’agit d’inclusions basiques.
L’association d’un minéral d’origine sédimentaire superficielle comme le
calcaire (ici recristallisé en marbre) avec un minéral d’origine magmatique
profonde comme le basalte (ici recristallisé en amphibolite) n’est pas un fait
banal et il témoigne de conditions de départ de la plaque continentale assez
inhabituelles. En fait, en datant toutes les roches magmatiques de la marge
africaine à la fin du Paléozoïque, certains évoquent pour notre secteur un
amincissement crustal comme première manifestation des rifts destinés à fissurer
la Pangée. La subduction serait intervenue plus tard sur notre nappe
continentale « contaminée » par le manteau sous-jacent et tout proche. Ce
mélange, tout comme son équivalent l’ophicalcite océanique, est fort apprécié
sur les marchés de pierre ornementale. Cet affleurement nous montre les
modalités de la subduction au niveau des couches supérieures de la croûte
continentale.
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| Photo 14 -
Les figures vertes dans le
marbre blanc sont des noyaux basiques éclogitisés. |
Collection de
roches issues de la subduction. Pique-nique.
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| Photo 15 -
Vue d’ensemble de la vallée de
Pontboset à Hône. |
Affleurement de roche en place mise à découvert par le
torrent Ayasse sur la marge extérieure de la nappe continentale. Observation à
partir du pont en bois de Frontière, en aval du chef-lieu. L’affleurement est de
meilleure qualité en commune de Hône au lieu-dit Le Tre Goye
(fig. 16), mais le sentier de visite
y est plus dangereux.
| Photo 16 -
Cisaillement
ductile sur les roches à quartz-jadéite rééquilibrées avec épidote. |
Nous sommes au bord
externe de la nappe continentale, proches de la nappe océanique qui affleure en
amont dans la vallée. Quartz, épidote et minéraux du faciès schistes-verts
apparaissent dans l’affleurement : ce sont des constituants habituels de la
croûte continentale. Plus haut, en lieu inaccessible aux cars, ce matériel
continental est encore en faciès éclogitique avec quartz + jadéite, exploité
dans la carrière des Lauzes de Courtil.
En revanche, nous découvrons ici l’intensité de la
déformation sur nos roches (fig. 17).
Une succession régulière et continue de fines bandes claires s’allonge à
l’infini en direction NW-SE. Le cisaillement ductile transpose sur de longues
distances (plus de 4 km) ce secteur de la nappe continentale. Nous avons vu dans
les arrêts précédents que la roche du secteur interne, bien que fortement
rééquilibrée dans le faciès éclogitique, n’était pratiquement pas déformée. Qu’y
a-t-il de nouveau ici par rapport au secteur interne de la nappe ?
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| Photo 17 -
Cisaillement ductile à
Frontières (Pontboset) sur des roches plus basiques. |
Les deux nappes,
continentale et océanique, se sont enfouies en subduction étant déjà collées
l’une à l’autre. La nappe océanique, dans ce secteur représentée surtout par des
sédiments de haute mer, était gorgée d’eau. Au cours de l’enfouissement, la
pression croissante pouvait essorer la plaque océanique et tremper tout le
secteur. L’eau baisse le degré métamorphique et rend fluide, voire très fluide
la roche qui glisse le long des directions des contraintes. Dans ce secteur de
l’arc alpin, la direction tectonique principale est toujours NE-SW, parallèle à
l’axe de la chaîne. Voilà ce qui pourrait expliquer ces différences à
l’intérieur de la même nappe continentale.
Au cours des cinq arrêts de la journée, nous avons pu
observer la lithologie de différents niveaux d’une plaque continentale ayant
subi d’abord une lamination tectonique (réduction en « nappe de socle ») et
ensuite une subduction orogénique. La discussion à propos des affleurements et
des blocs a concerné soit la structure de la roche, en particulier les figures
de déformation, soit la minéralogie, en particulier l’enregistrement
minéralogique des étapes marquantes du parcours thermobarométrique P-T-t au
cours de la subduction alpine (fig. 18).
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| Photo 18 -
Schéma du parcours
d’enfouissement et exhumation des roches continentales subduites. |
Le faciès éclogitique est l’assemblage minéral qui correspond à l’arrivée de la roche dans la zone de subduction, zone froide (moins de 550°C à 40 km) et profonde dans la croûte (jusqu’à 70 km dans ce secteur). Les divers arrêts ont concerné des points où cette roche éclogitique non seulement avait atteint la surface après son enfouissement, mais elle avait aussi préservé l’assemblage minéral acquis à la profondeur maximale.